LA LEGENDEBR>DE LA DAME BLANCHE
A TRECESSON
(56800)

par "Marie51"



La légende de la Dame Blanche de Trecesson remonte aux alentours de 1750. Par une nuit d'automne, un braconnier était embusqué dans le parc du Château de Trecesson et y guettait sa proie, quand il crut entendre un bruit lointain. Craignant d'être découvert, il cacha précipitamment son fusil et grimpa sur un arbre. A peine était-il installé sur sa branche qu'il aperçut, à l'extrémité de la grande allée du parc, une voiture attelée de chevaux noirs et suivie de plusieurs domestiques qui portaient des torches allumées.

L'équipage s'avançait lentement et presque sans bruit, aucune voix n'interrompait le silence de la nuit, qui n'était troublé que par le pas mesuré des chevaux et par le froissement des roues sur les branchages et les feuilles desséchées. Cet étrange cortège s'arrêta à quelques pas du braconnier, qui vit bientôt, à la lueur des torches, plusieurs hommes munis de bêches et de pioches, s'avancer de son côté et se mettre à creuser une fosse précisément au pied de l'arbre sur lequel il se trouvait.

Au même instant deux gentilshommes, dont le rang élevé s'annonçait par l'élégance et la recherche de leur costume, sortirent de la voiture et firent descendre avec violence une jeune femme richement parée. Elle portait une robe de soie blanche, sa tête était couronnée de fleurs, un bouquet ornait son sein, tout indiquait une jeune fiancée qu'on allait conduire à l'autel, mais sa chevelure était en désordre et ses yeux pleins de larmes, ses joues pâles, ses gestes suppliants annonçaient assez qu'elle était en proie à la plus grande épouvante.

Traînée plutôt que soutenue par ses conducteurs, quelquefois elle se débarrassait de leurs bras, se précipitait à leurs pieds, embrassait leurs genoux, les appelait ses frères, ses amis, et les suppliait en sanglotant de ne pas lui arracher la vie. Ce fut en vain, ses persécuteurs demeurérent froids et inflexibles devant ses supplications désespérées, et loin de paraître ému, l'un deux la repoussa brutalement.

- Mes frères, mes amis, oh! je vous en supplie, ne me faites pas de mal.
- Vos frères! non Madame, nous ne le sommes plus, vous avez cessé d'appartenir à la famille que vous déshonorez.
- Au nom du ciel! ne me tuez pas. Faut-il donc mourir si jeune! Au moment d'atteindre au bonheur! Ah ! que la mort est affreuse.
-Il faut pourtant vous y résigner, Madame, les pleurs sont inutiles, votre heure est venue, vous allez mourir

La fosse étant creusée, les cavaliers firent signe à leurs gens, qui s'emparèrent de la jeune femme terrifiée. L'infortunée se débattit longtemps dans les bras de ses bourreaux, mais malgré ses efforts désespérés, en dépit de ses supplications et ses larmes, elle fut jetée dans la fosse qu'on recouvrit précipitamment de terre pour étouffer ses derniers gémissements, puis les deux seigneurs remontèrent dans la voiture, l'équipage s'éloigna au grand trot des chevaux, et quelque moment après, le parc de Trécesson avait repris son obscurité et son silence.

Pendant cette scène affreuse, le braconnier, le cœur serré par l'effroi, avait à peine pu respirer. Lorsque la voiture eut disparu, lorsqu'il eut cessé d'entendre le pas rapide et cadencé des chevaux qui l'entraînaient, il se décida à descendre de son arbre, mais, plein de trouble et d'épouvante, il ne songea pas à écarter la terre qui étouffait la malheureuse femme qu'on venait d'assassiner sous ses yeux.

Il courut en toute hâte chez lui, où il raconta, tout éperdu, à sa femme, le crime dont il avait été le témoin. Celle-ci fit de vifs reproches à son mari et l'accusa de lâcheté. L'entraînant ensuite, elle voulut aller dans le parc pour ouvrir la fosse, mais une réflexion terrible lui vint: si elle et son mari allaient être surpris auprès d'un cadavre à peine froid, ne leur imputerait-on pas le crime affreux qui venait d'être commis?

Cette crainte l'arrêta, elle jugea qu'il n'y avait rien de mieux à faire que de se rendre auprès de M. de Trécesson et de lui raconter ce qui s'était passé. Le braconnier et sa femme, introduits chez leur seigneur, purent à peine, tant ils éprouvaient de crainte, lui faire le récit du crime qui venait d'être commis sur ses terres.

Aussitôt que M. de Trécesson eut compris de quoi il s'agissait, il se hâta de faire appeler tous les gens de sa maison et de leur donner l'ordre le plus pressant de se rendre au lieu indiqué, où lui-même les suivit bientôt. Cependant ces démarches, ces préparatifs avaient pris trop de temps.

Le jour commençait à paraître lorsqu'on commença d’enlever la terre qui recouvrait la fosse. Tous les regards, dirigés sur le même point, annonçaient l'anxiété des acteurs de cette scène, l'espérance et la crainte, l'attendrissement et l'horreur se succédaient. Enfin, lorsque le visage de la jeune dame parut à découvert, celle-ci ouvrit doucement les yeux, poussa un long soupir et ses yeux se refermèrent pour toujours.

Mr. de Trécesson fut profondément affligé de cet événement. ll lui fit rendre les honneurs funèbres, digne du rang qu'elle paraissait avoir occupé dans le monde. Par la suite, il fit de nombreuses démarches pour découvrir les assassins, mais toutes ces recherches furent inutiles, on ne put savoir ni le nom de cette jeune dame qui avait disparu d'une si cruelle façon, ni la cause réel du sort qu'on lui avait fait subir. Cet évènement peu courant à l'époque est toujours resté enveloppé, d'un impénétrable mystère

Cependant, le souvenir s'est transmis jusqu'à nous par plusieurs signes. Mr. de Trécesson avait solennellement déposé dans la chapelle du château la robe nuptiale, le bouquet et la couronne de fleurs de la jeune et malheureuse fiancée qui restèrent sur l'autel, exposés à tous les regards, jusqu'à l'époque de la Révolution.

On raconte que les soirs de pleine lune, on aperçoit la Dame Blanche errer tristement, le long des murs du château, en sanglotant…

Qui l’a vue vraiment ? On l’ignore car personne n’est jamais revenu après l’avoir aperçue, pour s'en vanter...


Mis à jour le 10/10/2015


Marie51



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